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Ouassima Bakkali Hassani: «La culture est un droit citoyen et elle doit être inclusive»

Ouassima Bakkali Hassani est Docteur en traduction audiovisuelle de l’Université Pablo de Olavide, Séville. Après son retour à Tanger, elle a assumé plusieurs responsabilités relatives à l’organisation de différents événements culturels, notamment pour le compte de l’Institut Cervantes. La jeune Tangéroise a une vision très spéciale du développement de l’industrie culturelle et de l’environnement qui aide à ce développement. Un entretien très riche.

Vous êtes depuis quelques années dans la management culturel. Quel est votre avis sur l’état actuel du secteur à Tanger?
Si on compare l’état culturel actuel à Tanger avec la culture quand j’étais adolescente on peut dire qu’un vent de changement souffle et que le secteur avance à grands pas. Chaque fois il y a plus de galeries d’art, de spectacles, d’expositions, d’événements culturels dans la région; des petites initiatives organisées soit par les jeunes, comme lorsque les étudiants de l’École supérieure HEM Tanger ont célébré la journée internationale du bonheur. Soit par les institutions culturelles comme celles des Nuits des galeries, qui se célèbrent dans tout le Maroc et qui sont organisées par le ministère de la Culture, ou les ateliers cultures organisés par la médiathèque pour tout type de public et pour tous les goûts. Sans oublier le rôle des agents et des institutions culturelles étrangères et des associations locales dans la sauvegarde de notre patrimoine local.
À souligner que la construction du centre culturel Boukmakh est vraiment une grande valeur ajoutée à la ville, car il a permis à beaucoup d’associations d’organiser leurs événements dans de bonnes conditions. Mais vu que la ville est dans un développement permanent, il faut construire des théâtres, des bibliothèques, etc. On voit de plus en plus de béton et moins d’espaces verts, et il fallait prendre cela en considération.

Vous avez beaucoup collaboré avec l’Institut Cervantes de Tanger. A votre avis qu’est ce qui fait la force de cet organisme culturel?
Ma collaboration avec l’Institut Cervantes de Tanger s’inscrivait dans le cadre de mon travail en tant que responsable de communication et de presse du réseau des instituts Cervantes au Maroc.
Le Maroc compte six instituts Cervantes, en plus de six autres antennes du centre mises en place dans six autres villes, ce qui fait du Maroc l’un des plus grands réseaux Cervantes au monde. En plus, le Royaume occupe la première place de tous les Instituts Cervantes dans le classement du volume d’activités académiques.
D’après mon expérience au sein de cette institution je peux dire que la force de cet organisme culturel réside en trois points forts: il travaille dans la diplomatie culturelle en construisant des ponts entre les peuples pour renforcer leur dialogue; la bonne coordination entre les différents centres Cervantes du pays; et les activités organisées en coproduction avec des entités marocaines comme c’est le cas du festival Flamenco Maroc- les nuits du Ramadan qui sont des activités communes à tous les centres. Dans le cas de Tanger, la collaboration de l’Institut Cervantes de Tanger dans des événements comme Tanjazz, où avec des associations locales comme Confluences Musicale a donné de bons résultats culturels. L’Institut Cervantes de Tanger a toujours été proche des Tangérois.

Comment envisagez-vous le vrai développement du secteur culturel à Tanger et que faudra t- il faire pour l’assurer réellement?
Conscientiser les gens sur l’importance de la culture et construire plus d’espaces culturels pour les jeunes, plus de théâtres, etc.
Quand j’étais en Espagne, j’ai fait un cours en gestion culturelle organisé par la Fondation Trois Cultures de Séville qui a duré un an. J’ai reçu une formation allant de la muséologie, les spectacles, jusqu’à comment devenir community manager. Ce que j’ai appris de cette formation c’est que la culture est un droit citoyen et elle doit être inclusive. L’accessibilité, soit physique ou audiovisuelle est un sujet qui me touche vraiment et j’ai déjà publié des articles académiques là-dessus. Les gens à mobilité réduite ne doivent pas se voir limités par les difficultés d’accès aux lieux et aux transports publics… Les personnes non et malvoyantes  et la population sourde et malentendante ont droit, par exemple, d’aller au cinéma et pouvoir comprendre un film. Et ici il y a des techniques comme l’audio description ou les sous-titrages pour les sourds muets qui aident à  ce que cette partie de la population se sente intégrée dans notre société.
Du point de vue citoyen, chacun de nous, depuis son poste de travail, doit contribuer dans le développement du secteur culturel de notre ville. Quand je travaillais dans une boîte de production espagnole basée à Tanger, je dirigeais deux émissions sur les agents culturels à Tanger. Cela fut, d’une certaine manière, une reconnaissance aux efforts de ces personnes qui font que dans notre ville  il y ait une vraie ébullition culturelle.
Il y a un développement positif, mais il faut travailler encore plus pour préserver notre patrimoine local, matériel soit-il ou immatériel.

Vous avez vécu et étudié en Espagne où la culture à une importance cruciale. A votre avis quel est le secret espagnol dans ce sens?
La création, l’innovation artistique et la curiosité citoyenne. Si je parle de l’Andaousie, par exemple, je peux dire qu’ils ont commencé par piétonnier les centres-villes, ce qui a permis une certaine jouissance de l’espace et de l’environnement urbain, une amélioration du cadre de vie et une contribution au dynamisme commercial. Ils ont fait un aménagement cyclable, ce qui a contribué dans l’amélioration de l’espace public et dans l’éducation citoyenne. On trouve dans les centres villes des gens qui chantent, qui dansent, qui font des bulles de savon, etc..
Ils ont utilisé les marchés non seulement comme espace de vente des légumes et fruits, mais aussi de jouissance où on trouve des gastrobars, des petits coins de lecture, et où la propreté est une affaire de tous. Les propres citoyens, par exemple, ont lancé un programme appelé « Red de Tejas » ou ils ont utilisé les terrasses des maisons et des immeubles comme lieu de partage culturel et de célébration de concerts. Ici à Tanger l’idée a été mise en pratique une fois par une association, mais cela n’a pas duré, peut-être parce que les gens ont une réticence à céder leurs terrasses, car cela fait partie de leur vie privée! En plus, ils ont un vrai agenda culturel pour les retraités qui ne se contentent pas de rester assis toute la journée dans les cafés.
Au niveau touristique, ils ont adopté une série de routes thématiques: itinéraire gastronomique – itinéraire artistique – itinéraire cinématographique, etc. Nous devons tous nous mobiliser pour quiil ait un vrai développement culturel, car Tanger a tous les atouts pour devenir une capitale culturelle, avec un tourisme durable.

Vous venez de créer votre propre société. Quel en sera objectif principal?
Après 8 ans en Espagne, j’ai décidé de mettre en pratique mon savoir-faire académique et professionnel. Il s’agit d’une jeune société qui offre des services comme la traduction audiovisuelle, le sous-titrage, relations presse, la production audiovisuelle et la communication en diverses langues. L’entreprenariat nous pousse à être créatifs, innovants, et toujours à la recherche de nouveaux marchés et de nouvelles expériences. Il est certes que le début n’est pas facile, mais toute difficulté peut se surmonter avec le temps et la volonté.

Propos recueillis par A. Reddam

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