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L’entretien avec Oussama Ouassini: Comprendre le mouvement social

Préambule 

«L’internet est le futur baril de pétrole» (Bill Gates s’adressant à François Mitterrand)

«Il faut que chacun sache que l’avenir ne s’écrit pas dans les richesses du sous-sol, mais dans les têtes, la libération des énergies passe par une Révolution de l’intelligence, c’est-à-dire la formation et l’éducation. La seule vraie richesse sera la matière grise» (Jacques Attali)

Le gilet jaune ou ceux des M’dawekhs est un signal de détresse. De laissés-pour-compte au bord de la route.

En ce moment où chacun retient son souffle dans la perspective de ce qui pourrait arriver. Le moment est venu de parler, de s’écouter, de se comprendre. Le moment est venu de retrouver le sens des mots et en même temps celui de nos responsabilités à tous et à chacun d’entre nous. 

Sinon une guerre civile se simule. 

Question: Comment ?!

Je vous expliquerai en fin de l’entretien par une fiction qui peut devenir réalité. 

… 

La force de la démocratie doit reposer sur la qualité du débat public, pas sur le rapport de force qui résulte du chaos, de la violence urbaine et de la frénésie des réseaux sociaux.

Le message qui cherche à s’exprimer derrière le mouvement social inédit des gilets jaunes et ceux des M’dawekhs existe, il tient en un mot: respect. 

Respect pour ceux qui sont en situation difficile, respect pour les zones rurales et celles isolées, respect des valeurs, respect de nous-mêmes etc …

Le peuple doit être entendu. Le temps du déni doit cesser pour ouvrir le temps du dialogue. Le gouvernement doit tendre la main.

Question: Comment ce mouvement a pu prendre autant d’ampleur ?

La communication n’est rien si la sociologie ne pousse pas. Et c’est là qu’il convient sans doute d’identifier le moteur tant redoutable et efficace du mouvement. 

Ils ont réussi là où les professionnels de la politique ont jusque-là échoué. Ils sont parvenus à un double rapprochement: 

Refondation des classes populaires et des classes moyennes par un identique sentiment de paupérisation économique et de déconsidération politique 

Une défense de la redistribution et de la protection sociale, ils ont coagulé des catégories, des cultures politiques qui remettent en question la légitimité de l’injonction fiscale, combattent l’excès de normes comportementales et aspirent à une dignité sociale et, in fine, civique retrouvée.

Si l’on y rajoute le rejet des élites renvoyées à leurs systèmes de privilèges, il se dessine une scène inédite où les gilets jaunes et les M’dawekhs reflètent et condensent un alter nouveau-monde.

Question: Pouvez-vous synthétiser par un exemple?

Prenant le cas de Carlos Ghosn. J’apporte à travers cet exemple une Idée et non une discussion de la personne ou de l’événement.

Carlos Ghosn est un gilet jaune à sa façon: rejetant le poids de l’impôt pour le faire supporter à l’essentiel par les autres. C’est-à-dire la masse des gens mal organisés (ces beaufs) ainsi considérés par une partie des élites, ne disposant ni d’un syndicat ni d’un puissant appareil de parti pour se faire entendre. 

M. Carlos Ghosn envoie aussi un signal clair: on peut être riche (non un ultra-riche) et ne pas adhérer au consentement de l’impôt imposé. 

Le constat n’est pas neuf. 

Il brandit son gilet jaune face à l’injustice qui l’atteint plus que les grands ultra-riches, les milliardaires.

Question: La fiscalité ne joue-t-elle pas le rôle de répartition et de redistribution de richesse?

À court terme, pour les gilets jaunes ou les M’dawekhs, aucun échappatoire ne se profile. Enfermés dans une prise fiscale et une inflation des prix de produits de 1ère nécessité non justifiés, ils n’ont plus que la rue pour crier leur colère. De manière improvisée, désorganisée, parfois violente aussi. En bloquant, de manière contre-productive, leurs concitoyens, mères de famille ou commerçants, alors que les cibles principales sont à chercher du côté de l’État et de sa kyrielle de représentants.

Aucune réforme fiscale sérieuse n’a été menée ces dernières années. Au cours des 15 dernières années, les prélèvements obligatoires ont augmenté de 264,25%, sans que la dette de l’État ne baisse significativement, sans qu’on soit envahis de satisfactions au niveau macroéconomique (75e place mondiale sur 140 pays en termes de compétitivité, selon le Forum économique mondial), au niveau de l’enseignement (depuis 2012 le Maroc tâte le terrain pour intégrer le Pisa: seulement 70 pays font partie du classement Pisa), des soins de santé ou des libertés (86e place mondiale sur 180 pays dans le classement de la Fondation Heritage).

Croulant sous plus de 55% d’impôts confiscatoires et autres taxes, contributions, prélèvements divers, Le vrai débat est ailleurs et surtout ne comptez pas sur la classe politique, pour le porter sur la place publique. 

Question: Pensez-vous que ce mouvement s’atténuera dans le temps ?

Nous vivons dans un environnement où les tensions sont tendues. La violence qui consiste à mettre des familles hors d’état de vivre en augmentant les prix des produits de 1ère nécessité, c’est une violence absolument incroyable. À ceci, je rajoute la conjoncture économique. Je m’explique. 

L’équation économique utilisée par l’ensemble des pays est basée sur un référentiel de données universelles qui sont:

Dette ne dépassant pas 60% du PIB

Déficit inférieur ou égal à 3%

Taux de chômage ne dépassant pas les 5%

Actuellement, l’équation économique a bugué depuis très longtemps, depuis plus de 15 ans. La société est extrêmement violente. 

Le référentiel des données universelles est passé à: 

Dette égale ou supérieur à 100% du PIB

Déficit dans les environs des 5 à 7%

Taux de chômage dépassant les 15% …

Je laisse nos lecteurs  faire leurs propres déductions sur l’étendue et la projection de ce mouvement dans le futur. 

Question: Au sujet d’une guerre civile ?

Nous avons tous soulevé que le président américain Donald Trump soutient les gilets jaunes. On peut relever un droit d’ingérence. Mais une question me tourmente l’esprit: Pourquoi Trump agit-il ainsi ?

Les perspectives économiques sont des plus sombres pour les USA et leurs alliés européens. L’heure du crash semble bien se rapprocher selon plusieurs experts.

Les conséquences de cet effondrement affecteront l’équilibre géopolitique du monde et pourraient entraîner des guerres.

Examinons 3 données.

1 – Les derniers chiffres, publiés, le 6 décembre, par le département du commerce US montrent que le déficit commercial US vis-à-vis de la Chine a, une fois de plus, pulvérisé son record historique à plus de 43,1 milliards $ sur le seul mois d’octobre (dernier chiffre connu). C’est le 4ème mois consécutif que les USA battent leur propre record de déficit commercial avec la Chine.

Cela montre que toutes les mesures prises depuis 10 mois par les USA à l’encontre de la Chine ne fonctionnent pas et qu’en revanche, les contre-mesures chinoises fonctionnent.

La Chine a réduit de 20% durant ces 4 derniers mois ses importations en provenance des USA. Celles-ci sont passées de 11,1 milliards $ en juin dernier à 9,1 milliards en octobre. Les entreprises US délocalisées, en Chine, ne peuvent pas, du jour au lendemain, rebâtir un outil de production sur le territoire US. Cela prend du temps. Or, le temps est aujourd’hui compté.

Le président Trump l’a bien compris puisqu’il a annoncé, au sommet du G20, une trêve dans cette guerre qui lui coûte plus cher qu’elle ne lui rapporte.

2 – Le montant et le caractère incontrôlé de la dette publique US qui devrait avoisiner les 22.000 milliards $ en fin d’année 2018 (107 à 108% du PIB) devient de plus en plus inquiétant et ne renforce pas la confiance dans le dollar, considéré, encore aujourd’hui, comme la monnaie mondiale. 

A ces dettes fédérales, il faut d’ailleurs ajouter les dettes de chacun des 50 états, les dettes des comtés, celles des municipalités et surtout les dettes des particuliers (dettes de véhicules, dettes des étudiants et dettes des cartes de crédit)

Le total réel cumulé de ces dettes US de toute nature est aujourd’hui d’environ 72.000 milliards $ soit 86% du PIB mondial et 3,5 fois le PIB US. 

3 – La dette fédérale de 22 000 milliards $ est détenue à 72% par les Américains eux-mêmes, les 28% restants sont détenus par les pays étrangers (6.200 milliards $ ). 

Plus du 1/3 de la dette US est détenu par 2 pays : La Chine (1.343 milliards de $) et le Japon (1.028 milliards de$).

La dette fédérale US augmente de 3 milliards $/jour et la part détenue par les Américains eux-mêmes (72%) s’accroît de jour en jour. 

Les citoyens américains seront donc les premières victimes lorsque l’effondrement surviendra.

Ils le seront d’autant plus que la majeure partie de la dette est détenue par: 

Les organismes de sécurité sociale, d’assurances médicales

Le fonds de pensions qui a  placé les cotisations de ses adhérents 

Les banques qui ont placé l’épargne de leurs clients 

On peut imaginer ce qui arrivera au moment du crash: plus de sécurité sociale, plus de Medicare, plus de versement des pensions de retraite publiques ou privées, évaporation de l’épargne…

En guise de conclusion, on peut oser les prévisions suivantes:

Avec l’expérience récente des gilets jaunes, chacun peut s’imaginer ce que sera la version US des gilets jaunes qui devrait logiquement suivre le crash. 

Il faut bien sûr prendre en compte le fait que 300 millions d’armes à feu sont en circulation dans ce pays …

La question qui se pose est qui craquera le premier, les USA ou bien les alliés européens ?!

Alors le pire est encore à venir …

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