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Des livres à lire pendant les vacances: Romans, essais, jeunesse, polars, poésie, une sélection à prendre dans ses valises

Un livre permet de partir même si on ne part pas. Et de partir encore plus, si l’on part. L’habitude, la profusion des titres disponibles font parfois oublier ce trésor niché au cœur des pages: du temps démultiplié.

Le geste simple d’ouvrir un roman, un recueil de poèmes, un essai, un roman policier, un album pour enfants, déclenche une autre ouverture, mentale celle-là.

Stephan Enter, Compassion

Trad. du néerlandais (Pays-Bas) par Annie Kroon

Actes Sud, 192 pages

Seul, mais insouciant. Voilà ce qu’était Frank jusqu’à sa rencontre, en ligne, avec Jessica. Et à sa grande surprise, la plus superficielle des manières de faire la connaissance d’une femme le tire de l’indolence d’un long célibat aventureux. Changement de temporalité, donc: avec Jessica, d’Utrecht à Amsterdam, la géographie de son existence est transformée. Or le couple, Frank ne connaît pas. Obsédé par l’apparence et les identités numériques, il ne parvient à éprouver que compassion pour l’intimité de la jeune femme. Immersion dans les pensées d’un homme incapable de situer ses insuffisances, mais dépassé par un nouveau désir d’attachement, ce roman fait malicieusement la lumière sur les paradoxes de nos idylles contemporaines.

Julie Guinand, Hors-la-loi

Paulette éditrice, 82 p.

Il faudrait toujours partir avec des «pives» dans son sac de plage, du nom de ces livres de tout petit format (9 centimètres sur 12) que la maison Paulette publie depuis 2016. Parmi les parutions récentes, Hors-la-loi de Julie Guinand, un récit comique qui tient le loufoque en laisse. La narratrice quitte son job chez le coiffeur Atmosph’Hair quand elle découvre que Jesse, le beau gars de la classe, est revenu au pays et a racheté la ferme de ses parents. Passion, mariage. Mais des événements étranges commencent à s’accumuler. Jesse s’absente de plus en plus. Ses trois sœurs, les Triplettes, suprêmement agaçantes dans leur façon de tenir la narratrice à l’écart, cuisinent des festins improbables à tour de bras. L’étrange va gagner du terrain.

Orfa Alarcón, Ni de jour ni de nuit

Trad. de l’espagnol (Mexique) par Mélanie Fusaro

Asphalte, 232 p.

Julio est à la tête d’un cartel de Monterrey, plaque tournante du narcotrafic mexicain. Son travail, ses paroles, son sexe: tout en lui exsude la brutalité. Au règne de la loi du plus fort, mieux vaut s’agenouiller dans l’œil du cyclone. Pour Fernanda, la narratrice de ce conte immoral, seuls les bras périlleux de Julio sont gages de réconfort. La soumission sera brève. Excitée par la banalisation de la violence, encouragée par le souvenir de ses propres traumas, Fernanda se métamorphose en bourreau. Jeune auteure mexicaine, Orfa Alarcón renouvelle le genre de la romance sociale en territoire mafieux. A coups d’argot salace et de pulsions verbales, ce drame contemporain exerce un charme noir.

Roberto Arlt, Un crime presque parfait

Trad. de l’espagnol par Aurélie Bartolo et Margot Nguyen Béraud

Cent Pages, 96 p.

Onetti, Cortázar et Bolaño l’appréciaient: Roberto Arlt (1900-1942) était un magnifique observateur des bas-fonds de Buenos Aires. Il a écrit quelques romans importants mais il excellait surtout dans les chroniques qu’il publiait dans El Mundo, ses fameuses «eaux-fortes». Un crime presque parfait réunit sept «contes» policiers. Celui qui porte ce titre dévoile la machination subtile destinée à faire croire à un suicide. Qui vole des vêtements de la maison de confection Xenius, et jusqu’aux croissants des employés? Une vendeuse avisée démasquera le coupable et sa vengeance sera terrible. Etc. Petits crimes longuement ourdis, magouilles urbaines malignes mais jamais assez: ces petites morales, accompagnées de photos et de dessins d’époque, sont délicieuses.

Maurice Gouiran, L’Irlandais

Jigal, 238 p.

Le peintre Zach Nicholl est retrouvé mort dans son atelier marseillais. Après avoir été l’une des figures importantes du street art, l’Irlandais – ainsi qu’on le surnomme – s’était reconverti dans une peinture plus classique. Il avait quitté l’Irlande du Nord vingt ans plus tôt, au lendemain des accords de paix de 1998. A-t-il fait l’objet d’un règlement de comptes tardif lié à ses possibles liens avec l’IRA? Eleveur de chèvres à ses heures et héros récurrent des polars du Français Maurice Gouiran, le journaliste Clovis Narigou convainc son chef de l’autoriser à partir en reportage à Belfast. L’occasion pour l’auteur de revisiter un passé peut-être un peu vite enterré. Riche et passionnant.

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